14/12/2012


Noël en famille
 
Au moment où j’écris ces lignes, il est beaucoup question de famille dans les médias.
 Famille politique qui se déchire, famille européenne en sursis, familles monoparentales qui se tournent vers les restos du cœur, familles homosexuelles qui désirent se marier. Celles-ci réclament une égalité de droits et par le fait même une loi reconnaissant leur union au titre de mariage. Elles s’insurgent contre la position de certains officiers de l’état civil, dont des maires qui opposent la clause de conscience à l’application de cette future loi. Elles soupçonnent également les tenants arriérés de la tradition chrétienne de fonder leurs arguments sur une sournoise homophobie.
 Certains, relisant un peu rapidement les propos de Michel Serres et les textes évangéliques de la naissance de Jésus ajoutent :
 - « Qui le premier a bouleversé l’ordre de la nature que vous dites vouloir respecter en matière familiale ? N’est-ce pas Celui qui se dit né d’une vierge-mère et adopté par un père qui n’en est pas un !
- Qui a dit  «Ma mère et mes frères se sont ceux qui écoutent la Parole de Dieu et qui la mettent en pratique » ?!
- Enfin, n’est-ce pas votre Jésus qui sur la Croix a confié sa mère à St Jean : « Mère, voici ton Fils, Fils voici ta mère » ?
La contre-attaque est rude ! Autrement plus provocante qu’un barrage de seins nus pointés sur les défenseurs des droits de l’enfant à avoir un père et une mère.
Faut-il répondre ? Le risque est grand de laisser croire, une fois de plus, que l’Eglise ne s’intéresse qu’aux questions sexuelles. Mais, ici, l’enjeu est autre. Il concerne la conception même de la société dans le sens premier du terme. D’ailleurs, les catholiques sont loin d’être les seuls concernés ; d’autres aussi  s’interrogent ouvertement.
La fête de Noël et celle de la Sainte famille peuvent nous suggérer quelques remarques.
Tout d’abord, il faut noter que l’enfant de Bethléem a eu un père et une mère. On aurait pu se contenter de Marie comme « référent parental », d’autant qu’à cette époque la famille élargie subvenait aux besoins des orphelins. Le Dieu-Père s’est soumis à la loi de son peuple qui exigeait un père légal pour l’enfant.
Cette brèche faite dans l’ordre naturel par une naissance virginale n’a pas pour but de démolir la nature de l’homme ou de la femme, mais d’en indiquer la finalité ultime. Oui, nous sommes appelés, et la famille avec nous, à une création nouvelle, à une terre renouvelée, non pas sur les ruines de ce monde mais plutôt par une conversion, une transfiguration de la réalité qui est la nôtre. Dans cet ordre de choses, la Résurrection ne supprime pas la mort mais la transforme.
Enfin, on peut noter aussi que cette nouvelle famille se fait sur un fond de  relations chastes et respectueuses, aux antipodes de ces affirmations péremptoires de droit à l’enfant et de refus de la différence, revendiquée pourtant en d’autres temps par les mêmes voix.
 Acceptons simplement qu’il y ait des façons bien différentes pour tous les humains, hétéros ou homos, croyants ou incroyants, blancs ou noirs, de se retrouver un jour dans une même famille, puisque c’est le but que le Concile Vatican II assigne à l’Eglise. Mais ne brouillons à plaisir les chemins pour y parvenir. On peut envisager des unions qui donnent les mêmes droits à tous, mais l’enfant ne peut pas être un droit comme celui de manifester et le mariage reste l’union d’un homme et d’une femme. L’enfant est un don. Il a fallu des siècles pour que les hommes comprennent qu’ils n’avaient pas tous les droits sur leur progéniture. Abraham lui-même a dû arrêter son bras meurtrier en apprenant qu’Isaac avait aussi un autre Père.
 Nous ne sommes pas encore de ces anges qui formaient la chorale de la Nativité. Et de toute façon, si chaque enfant a son ange gardien, il a bien besoin d’un père et d’une mère. 
Bon Noël, en famille !    Abbé Jean Casanave

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