03/11/2010

LA TOUSSAINT.


                                          (Peinture de tous les saints de Fra Angelico)

Homélie de la fête de la Toussaint de Monsieur l'abbé Daniel Décha, curé de la paroisse la Trinité d'Oloron  

Comme son nom l'indique, la Toussaint est la fête de tous les saints. Chaque 1er novembre, l'Eglise honore ainsi la foule innombrable de ceux et celles qui ont été de vivants et lumineux témoins du Christ.
Nous portons un prénom. Le prénom d’un homme ou d’une femme qui a été à son époque « fer de lance » de la foi, témoin de l’Évangile, fidèle au Christ jusqu’au bout.
Leur sainteté reconnue par l’Église a révélé leur disposition à suivre le Christ et à s’imprégner tout au long de leur vie du commandement de l’amour : Aimer Dieu et Aimer son prochain. Leur béatification puis leur canonisation a demandé un délai plus ou moins long. Durant ce temps, des éléments écrits, des témoignages ont permis de vérifier la sainteté de leur parcours terrestre. Ils ont accompli la volonté de Dieu de manière ordinaire. La sainteté de ces hommes de ces femmes, nos saints patrons, n’est pas le fait d’actes extraordinaires. Leur vie a été extraordinaire grâce aux gestes ordinaires et aux paroles simples inspirées de l’Évangile du Christ. Leur quotidien a fait apparaître une part de la sainteté de Dieu. Leur vie a révélé une facette de la sainteté de Dieu. Comme un prisme qui réfracte la lumière. Ils sont ou ont été un élément de cette lumière divine qu’est Dieu.
Alors frères et sœurs enveloppés de l’affection du Dieu vivant, entrons humblement sur cette voie simple et limpide. En faisant que tous nos gestes, toutes nos paroles soient illuminés par le Christ et son Evangile. Il me paraît judicieux que notre quotidien, si banal soit-il, sans relief apparent, soit marqué en profondeur dans l’amour de Dieu et de notre prochain.
La sainteté n'est donc pas une voie réservée à une élite, elle concerne tous ceux et celles qui choisissent de mettre leurs pas dans ceux du Christ.
Mais me direz-vous cette voie nous paraît au-delà de nos forces.
Je voudrais reprendre l’image de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus :
 L’ascenseur et l’escalier.
« Vous le savez, ma Mère, j’ai toujours désiré d’être une sainte, mais hélas ! j’ai toujours constaté, lorsque je me suis comparée aux saints, qu’il y a entre eux et moi la même différence qui existe entre une montagne dont le sommet se perd dans les cieux et le grain de sable obscur foulé sous les pieds des passants ; au lieu de me décourager, je me suis dit : le Bon Dieu ne saurait inspirer des désirs irréalisables, je puis donc malgré ma petitesse aspirer à la sainteté ; me grandir, c’est impossible, je dois me supporter telle que je suis avec toutes mes imperfections ; mais je veux chercher le moyen d’aller au Ciel par une petite voie bien droite, bien courte, une petite voie toute nouvelle. Nous sommes dans un siècle d’inventions maintenant ce n’est plus la peine de gravir les marches d’un escalier, chez les riches un ascenseur le remplace avantageusement. Moi je voudrais aussi trouver un ascenseur pour m’élever jusqu’à Jésus, car je suis trop petite pour monter le rude escalier de la perfection. Alors j’ai recherché dans les livres saints l’indication de l’ascenseur, objet de mon désir et j’ai lu ces mots sortis de la bouche de la Sagesse Eternelle : Si quelqu’un est TOUT PETIT qu’il vienne à moi » (Pr 9,4). Alors je suis venue, devinant que j’avais trouvé ce que je cherchais et voulant savoir, ô mon Dieu ! ce que vous feriez au tout petit qui répondrait à votre appel j’ai continué mes recherches et voici ce que j’ai trouvé : « Comme une mère caresse son enfant, ainsi je vous consolerai, je vous porterai sur mon sein et je vous balancerai sur mes genoux ! » (Is 66,12-13) Ah ! jamais paroles plus tendres, plus mélodieuses, ne sont venues réjouir mon âme, l’ascenseur qui doit m’élever jusqu’au Ciel, ce sont vos bras, ô Jésus ! Pour cela je n’ai pas besoin de grandir, au contraire il faut que je reste petite, que je le devienne de plus en plus. O mon Dieu, vous avez dépassé mon attente et moi je veux « chanter vos miséricordes. (Ps 89,2) » (Ms C, 3r)

 Ces hommes et ces femmes que nous honorons aujourd’hui, ont pris l’ascenseur qui est Jésus. Dans les bras du Christ, nous pouvons comme eux et sainte Thérèse de l’Enfant Jésus atteindre ce niveau de sainteté. Nous ne pourrons bien sûr être comme des dieux. Ce que le serpent, le malin, avait insufflé dans le cœur d’Adam et Eve. « Mais Dieu sait, leur disait-il, que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s'ouvriront, et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. »
Non, nous ne pouvons être Dieu. Car Dieu est Dieu, il est le tout Autre, comme le chantait une hymne de Grégoire de Nazianze dans la liturgie des heures « Ô toi l'au-delà de tout. N'est-ce pas là tout ce qu'on peut chanter de toi ? Quelle hymne te dira, quel langage ? Aucun mot ne t'exprime. A quoi s'attachera-t-il ? Tu dépasses toute intelligence. »
Dieu seul est Saint. Mais dans son amour infini, comme il l’a fait pour Zachée dont nous écoutions le parcours hier au cours de la célébration dominicale, il nous appelle à prendre la voie de la sainteté. Cette voie du bonheur révélé dans le discours sur la montagne, les béatitudes. Il nous entraîne à prendre de la hauteur pour que nous puissions entrer dans le Royaume de Dieu son Père. « Voyez comme est grand l’amour dont le Père nous a comblés, il a voulu que nous soyons enfants de Dieu, - et nous le sommes. »

"Heureux les pauvres de cœurs, Heureux les doux, heureux les cœurs purs, heureux les artisans de paix. Heureux les miséricordieux, heureux les assoiffés, les affamés de justice, heureux serez vous si l’on vous persécute en mon nom."

Il nous entraîne sur les voies de la sainteté.
Oui, prenons cette voie… En nous jetant dans les bras du Christ par Marie. Entrons à la suite de nos saints patrons, saints et saintes de Dieu dont la vie et la mort ont crié Jésus-Christ sur les routes du monde, entrons par la porte étroite et prenons le chemin de la sainteté véritable.
Là nous attend une foule immense que nul ne peut dénombrer, une foule de toutes nations, races, peuples et langues. Ils se tiennent debout devant le trône et devant l’Agneau en vêtements blancs avec des palmes à la main. Et ils proclament d’une voix forte : « le salut est donné par notre Dieu, lui qui siège sur le Trône, et par l’Agneau! »

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